Les tournées du Préfet Gamot (3)
Les Tournées du Préfet Gamot : La
Lozère à la fin du premier Empire
Le compte-rendu des journées du préfet Gamot (série M des Archives départementales de la Lozère) a été en partie publié de 1950 à 1956, dans plusieurs numéros du Bulletin de la Société des Lettres. Le Centre d'études et de recherches a estimé qu'il était utile de le publier intégralement en une seule publication qui forme le Mémoire n 2 du CER (Un classement provisoire de cette série M avait d'abord fait penser que le baron Florens, deuxième préfet de la Lozère, était l'auteur de ce rapport. Or il fut remplacé à la tête du département le 12 mars 1813 par le « sieur (jamot, administrateur des Droits réunis » qui fut installé le 19 avril 1813. C'est donc ce dernier qui est l'auteur de ce document. (Cf. Notre article « Les Préfets de la Lozère ss, Bulletin du CER, n 3)..
Benjamin BARDY
IIIe journée - 23 juin.
De Salgas à Vebron et retour à Salgas.

-Nous sommes partis
de Salgas à neuf heures du matin à pied, avec toute la société de M. De Bernis. Nous avons remonté le Tarnon par un sentier assez ombragé, maïs souvent sur le bord de précipices très dangereux et
après une heure de marche nous sommes arrivés au petit village de Vebron.
Le Maire nous attendait sur la place, à l'abri d'un arbre très considérable qui sert de point de rassemblement à tous les habitants du païs. C'est un orme planté, dit-on, du temps d'Henri IV. Ce Maire est un nommé M. De Fressac, ancien militaire très respectable, âgé d'environ 60 ans. Il nous a reçus avec une cordialité parfaite. Il n'a point de conscrits insoumis dans sa commune. Il m'a présenté le curé et le ministre protestant, qui sont d'un très bon esprit.
La maison de M. De
Fressac est implantée sur la crête d'un rocher schisteux, élevé à peu près de cent pieds au-dessus du Tarnon. Avec beaucoup de dépenses, on a pratiqué sur le devant de cette maison une terrasse
d'une vingtaine de pieds de large sur laquelle on a planté quelques marronniers qui sont assez bien venus. Rien n'est plus sauvage que le prospect de cette maison le Tarnon coulant au pied sur des
rochers schisteux énormes qui, par le courant des eaux, ont pris des formes arrondies et dont la couleur brune et luisante leur donne l'air de masses de fer rouillé et anciennement poli ; les
montagnes escarpées qui bordent la rivière, couvertes d'arbres jusqu'aux 2/3 de leur hauteur, pelées au sommet ; tout cela resserré, ne présentant aucune issue, fait croire que l'on est dans un
pays qui n'a point de communication avec les autres. Après nous être reposés deux heures à Vebron, nous sommes revenus à Salgas par le même chemin.De Salgas au Pompidou
-. Partis de
Salgas à 3 heures après midi, nous avons passé le Tarnon sur un pont de pierre en assez bon état et nous avons commencé à monter la côte appelée du Cardinal parce qu'elle a été faite par lui. Cette
côte a une grande lieue de longueur et est bien entretenue par M. De Bernis. On peut facilement dans le département de la Lozère suivre la formation des montagnes, parce que les chemins étant
toujours pratiqués sur leurs flancs, on en découvre facilement les différentes couches. La côte du Cardinal est composée de schistes jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, par dessus un banc de sable
à gros grains, en commencement de concrétion d'une 30e de pieds d'épaisseur sur lequel reposent des couches calcaires qui s'élèvent jusqu'à (a sommité du Causse.
Le Causse qui domine les vallons de Salgas et de Vebron est celui de l'Hospitalet.
Il est ainsi nommé parce qu'il y avait autrefois dans le milieu du chemin, entre la côte de St-Laurent-de-Trèves et celle du Pompidou, un petit hospice qui servait de refuge aux voyageurs qui sont souvent surpris par le mauvais temps pendant l'hyver et qui sur ces plateaux élevés sont exposés â s'égarer ou à périr par le froid.

Ce petit hospice a été vendu. Il est habité par un fermier qui a tenu cabaret pendant quelque temps et qui l'a fermé parce qu'il a eu querelle avec les commis des droits réunis. On verra par la suite comment j'ai arrangé cette affaire.
Du haut de la côte de Salgas, on voit sur le bord du chemin un amas confus de roches calcaires qui, dit-on, a servi de camp retranché à Cavalier pendant les guerres des Cévennes sous Louis XIV.
Plus loin, est l'ancien hospice composé d'une demi douzaine de bâtiments qui servent aujourd'hui â l'exploitation de la ferme dont j'ai parlé. Quelques frènes et hêtres poussent à l'entour de ces bâtiments.
Après les avoir
passés, nous nous sommes avancés sur les bords de l'est du Causse et là nous avons eu sous les yeux toutes les Cévennes. Je ne puis mieux comparer l'effet qu'a produit sur moi l'aspect des Cévennes
qu'à celui d'une mer extrêmement agitée et profondément sillonnée par un vent furieux. Icy, plus de formes arrondies, plus de plateaux calcaires, plus de pentes ondulées. Les schistes qui seuls
forment ces montagnes s'élèvent en lames acérées. Leurs flots sont rapprochés et tourmentés dans tous les sens. Leurs sommités semblent poussées par une force motrice venant le plus souvent du côté
du nord et s'élèvent en jets plus ou moins prolongés. La couleur brunâtre de ces schistes, l'uniformité des châtaigniers qui couvrent une partie de leurs flancs, quelques mousses et quelques
plantes qui croissent sur les sommets, tout cela donne à ce pays une teinte monotone et un air triste.Nous avons suivi notre route sur le Causse pendant trois quarts d'heure. Nous y avons vu quelques terres en cultures. Les seigles m'ont paru, en assez bon état. La plus grande partie est inculte et ne présente à la vue que des roches et des amas de pierres blanchâtres. Nous sommes arrivés à la côte du Pompidou que l'on descend en trois quarts d'heure. Elle est en fort bon état. Les eaux l'attaquent souvent, mais en dégageant les éversoirs on l'entretiendra à peu de frais.
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