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une brève de Christian Combemale : Saubert et la commission de la société d'agriculture

3 Août 2012, 06:51am

Publié par Fontdayres

VISITE DE LA FERME DE SAUBERT

le

30 SEPTEMBRE 1856

par

La commission de la société d'agriculture



LA RENAISSANCE DE LA FERME DE SAUBERT

Visite effectuée par M. de Nogaret et M. le baron de Roquedols.

Saubert était jadis un village de 6 à 7 feux, aujourd'hui réunis en un seul domaine. Les terres qui en dépendent, d'une étendue de 700 hectares, sont, depuis deux ans seulement la propriété de M. Cazalis Allut, président de la Société d'agriculture de l'Hérault, qui en a confié l'exploitation à M. Cazalis Frédéric son fils.

Dire que ses immenses terrains ont été acquis au prix de 80,000 Fr, qui ne représente pas même une moyenne de 115 Fr par hectare, c'est faire juger les conditions agricoles de cette partie de notre pays. Les terres s'y partagent en deux classes: le sol arable et les friches. Celles-ci, qui dominent partout dans une énorme proportion, occupent à Saubert 478 hectares, c'est à dire les deux tiers de l'étendue totale du domaine. On y compte 215 hectares de terres labourables et 5 hectares de prairie gazonnée. Il y a point de bois.

Quoique j'aie placé les friches hors du domaine cultivable, il faut dire cependant que la plupart y rentrent par intervalles. Deux ou trois fois par siècle on y pratique un écobuage et aussitôt après on s'y livre, durant 6 ou 7 ans, à une production effrénée de céréales consécutives. Puis la terre totalement épuisée est rendue au parcours des troupeaux ou plutôt à une longue et idéale stérilité.

Comme on le voit, à Saubert, de même que sur tous nos causses, le domaine cultivable est presque tout entier en champs. La prairie permanente n'y forme qu'une minime fraction. Saubert, à l'arrivée de MM. Cazalis, n'en possédait que 2 hectares.

Le premier acte des propriétaires nouveaux et leur principal mérite a été de se résoudre tout d'abord à sortir des entraves de la routine locale. On jugeait qu'en achetant Saubert au vil prix qu'on connaît, ils avaient fait une affaire ordinaire. Ils jugèrent qu'ils pouvaient la rendre excellente, en payant le prix du domaine une seconde fois, mais en le payant à la terre elle-même et la rachetant pour ainsi dire, par le travail des obstacles naturels qui paralysaient sa vertu productive.

M. Frédéric Cazalis s'est mis à l'œuvre courageusement et les résultats obtenus en

deux ans par lui, sont aussi dignes de fixer l'attention des agriculteurs que d'obtenir

les encouragements de la société. Je vais les exposer sommairement dans l'ordre de

leur importance.

1E / Épierrements : L'enlèvement des pierres sera longtemps le travail préliminaire

indispensable sans lequel un agriculteur progressif ne peut rien tenter de sérieux sur les

causses.

Dans ces hautes solitudes dont l'aspect aride représente à l'imagination les classiques déserts de la Libye, le plus grand fléau de l'agriculture, après la sécheresse, réside en effet la surabondance des pierres. C'est sur la croûte dure formée par les débris des strates calcaires qui constituent la base du sol et laissent filtrer l'eau de pluies avec une si grande facilité que l'habitant du Causse doit chercher le pain qui le nourrit, comme son bétail l'herbe qui le fait vivre. C'est seulement en écartant les pierres, en les rangeant en bandes ou en tas qu'il a pu faire une place à son araire et le cliamp du labour ne s'est amélioré et étendu que par la continuation de cette pénible tâche. Mais malgré les efforts du passé, presque tout reste à faire pour s'asseoir sur ce sol une véritable agriculture. On peut dire littéralement que la majeure partie des céréales qui se produisent sur nos Causses sont semées et récoltées dans des champs de pierres et en aucun pays peut-être la peinture pittoresque que fait quelque part M. Michelet de troupeaux broutant les cailloux n'a été plus exactement vraie.

On se tromperait toutefois, si l'on croyait qu'il n'existe sous ces couches de pierres aucune ressource pour la végétation. Leur enlèvement fait découvrir une terre végétale plus ou moins épaisse, généralement rouge, fine, légère, et très-propre à la culture des céréales, des raves et de divers fourrages qui y acquièrent d'excellentes qualités. On est surpris quelquefois de


l'abondance de ce sol caché sous des monceaux de cailloux. Cela se remarque surtout dans ces dépressions particulières aux Causses, sortes de vallée sans issue qu'on nomme des sols ou des sotch, curieuses comme phénomène géologique et intéressantes aussi au point de vue agricole, puisque c'est là que la culture perfectionnée doit trouver ses principales ressources, et qu'on peut rencontrer, (comme on l'a fait en certains points du domaine de Saubert), après l'enlèvement d'un lit de pierres épais de 50 centimètre près d'une mètre de bonne terre végétale capable de produire non-seulement des trèfles, mais probablement des luzernes, la plupart des légumes et des plantes-racines.

M. Cazalis n'a pas été le premier dans nos pays à comprendre l'importance de

l'épierrement. Depuis plus de 10 ans, sur les pentes calcaires du petit Causse de

Malavieille, M. l'Abbé Gaillardon a donné à ces opération une suite et des

développements jusque là peut-être sans exemple. Sur le Causse Méjean lui-même, plusieurs cultivateurs, notamment M. Sanguinède, de Cros-Garnon, passent pour avoir beaucoup épierré; on peut dire que sur tous ces points l'introduction des prairies artificielles, a donné une impulsion salutaire; elle a forcé à épierrer, parce que sans cette condition aucune culture fourragère n'est possible. Mais nulle part on n'avait procédé à ce travail avec l'activité et l'ensemble des moyens de Saubert.

En moins de 2 ans près de cent hectares ont été plus ou moins complètement nettoyés, et dans le cours de cette année seulement il a été dépensé environ 7,000 fr à ces opérations.

L'épierrement n'a pas été porté sur tous les points au même degré et cela devait être. C'est seulement là ou il pouvait mettre à nu un sol abondant qu'on a prodigué l'argent de la peine.

Je remarque que dans quelques  champs qui sont dans ce cas le prix de revient de l'épierrement a dépassé le prix moyen qu'on assigne généralement aux opérations de drainage. Il s'est élevé à 300 fr l'hectare. Dans d'autre champs au contraire on a pu donner un nettoyage d'un effet appréciable à l'oeil, pour 25 fr. En moyenne, M. Cazalis compte que l'épierrement de ses terres coûte, à l'hectare 65 fr.

Il faudrait pas prendre ces chiffres comme exprimant une moyenne applicable à nos Causses. M. Cazalis, placé à peu de distance de MEYRUEIS, a pu tirer des ressources en main-d'œuvre qu'offre une petite ville, un avantage que beaucoup de propriétaires ne sauraient avoir.

En donnant un éloge, que les commissaires de la Société ont cru mérité, aux épierrements les plus coûteux pratiqués à Saubert, à ce qu'on peut appeler des épierrements complets, je viens heurter une opinion que j 'ai trouvée populaire, non-seulement sur les Causses, mais dans nos cantons granitiques: cette opinion consiste à admettre que dans notre pays les pierres sont nécessaires à la végétation et qu'un blé qui pousse à l'abri des cailloux craint moins les intempéries, surtout la sécheresse. A mon sens, tout n'est pas préjugé dans cette croyance; sur nos Causses particulièrement, là ou la terre arable n'offre qu'une mince couche sans consistance, au-dessus de la roche calcaire, un épierrement porté à ses limites doit être plus nuisible qu'utile. Dans ces cas la salutaire influence de l'abri des cailloux pour conserver un peu de fraicheur aux plantes brûlées par le soleil, ne peut guère être contestée. Aussi n'est-ce point sur des terres semblables que nous voudrions conseiller et que M. Cazalis a pratiqué ses épierrements soignés.

Quoiqu'il en soit, l'ensemble des épierrement de Saubert a déjà donné aux terres de ce vaste domaine une physionomie qui les distingue et les signale de loin. Lorsque seul, a cheval, j'ai traversé pour la première fois cette partie du Causse Méjean, c'est moins à la vue de quelques champs de maïs ou de féveroles, qu'à cette sorte de toilette inusitée donnée à de vastes surfaces labourées, que j'ai reconnu la propriété de M. Cazalis, dont je savais uniquement le nom et la réputation naissante. Cette comparaison que j'ai pu faire alors, d'un simple coup d'oeil, entre des champs bien épierrés et les champs ordinaires du Causse, m'a démontré mieux que par des raisonnements et mieux surtout que je ne puis le faire à mon tour en rapportant mes impressions, les avantages d'un épierrement bien entendu. Après cette vue,


les renseignements fournis par M. Cazalis n'étaient plus nécessaires pour me prouver qu'une opération agricole ne doit pas passer avant celle là dans nos Causses et, pour me servir des expressions mêmes du propriétaire de Saubert, que les dépenses nécessitées par les épierrements produisent de beaux d'intérêts, par la plus grande facilité avec laquelle se font les labours; par l'économie dans les frais de moisson; par l'augmentation de récolte en paille; par la facilité des hersages, la conservation des araires, charrues et autres instruments etc..

Et M. Cazalis dit avoir constaté que dans un champ épierré deux bêtes font autant de travail que trois dans un champ non épierré. Quant à la paille, que l'épierrement permet de couper rez de terre, il dit que quoique ayant semé, en 1855, bien moins de céréales que son prédécesseur et ayant eu une année plus qu'ordinaire, il a eu plus de paille qu'on n'en avait avant lui.

Je craindrais de m'être trop étendu sur les épierrements, si cette amélioration n'était pas, comme je l'ai dit, le préliminaire obligé de toutes les autres, et ne devait pas être considérée comme la clef de l'agriculture des Causses et comme l'objet le plus digne des encouragements de la Société et de l'administration. Cette dernière pensée amène naturellement une réflexion par laquelle je termine : les Causses n'auront pas un centime des cent millions offerts en encouragement au drainage. La nature des roches qui leur servent de support y a établi un drainage naturel qui n'est que trop parfait et trop prompt. Lépierrement est au contraire pour ce pays l'opération qui seule, comme le drainage dans les plaines ou les vallées argileuses, peut conduire à mettre les sols improductifs en culture et à tirer du sol cultivé des produits supérieurs aux frais d'exploitation. Une pareille opération, dans une contrée aussi maltraitée que nos Causses, ne devait-elle pas avoir sa part dans les grands encouragements donnés par l'État ?.

2E/ Augmentation de la prairie permanente. - Les Causses ne sauraient avoir des près irrigués. L'eau des pluies ramassée dans les citernes ou retenue dans certaines dépressions du sol que l'art ou un accident ont rendues imperméables et qu'on nomme lavagnes, voilà toute leur ressource pour suffire au besoins de l'homme et des animaux. Les végétaux doivent se contenter de l'eau des pluies aux moments ou elle tombe. Les Causses possèdent néanmoins quelques pièces de terre en prairie gazonnée. C'est toujours au voisinage, le plus souvent au-dessous des habitations, qu'on les trouve, c'est à dire là ou le bon état du sol et surtout la facilité de bien fumer, permettent de créer ces gazons qui mériteraient le nom de près célestes, appliqué par les Allemands à des prairies analogues et qui ne reçoivent, comme tous nos Causses, pas d'autre eau que celle du Ciel. Quoique fort restreints ces gazons ont beaucoup d'importance pour nos Causses encore si peu pourvus de fourrages artificiel. Ils ne donnent qu'une seule coupe, mais d'un foin fin, savoureux, nourrissant et très précieux l'hiver pour l'élevage du jeune troupeau. Dans notre montagne granitique c'est l'eau qui fait la prairie: sur nos plateaux calcaires c'est l'engrais et c'est surtout la rareté de l'engrais qui en borne forcément l'étendue. Combien de domaines de plusieurs centaines d'hectares en labours qui ont à peine un hectare de sol gazonné ?. En 1854, Saubert en avait 2 hectares; nous avons dit qu'on en trouve 5 en 1856; pour la création de ces 3 hectares de prés nouveau, M. Cazalis a d'abord soigneusement épierré un fond choisi; puis y a semé des vesces d'automne; au mois de mars suivant il a semé un mélange de fanasse, de sainfoin et de trèfle et le succès de sa tentative nous a paru assuré.

3E / Amélioration des cultures et cultures nouvelles : Les cultures fourragères sont encore très rare sur le Causse Méjean et à l'exception peut-être de Cros-Garnon, il n'y aucun domaine ou l'on puisse dire qu'elle constitue la base ou même un élément essentiel d'un assolement quelconque. Non-seulement les fourrages artificiels y sont peu cultivés, mais on en connait pour ainsi dire que deux: la minette pour le troupeau; et le sainfoin ou esparcet qu'on a l'habitude de conserver plusieurs années afin de donner à la terre un repos nécessaire entre 4 céréales. Les terres qui ne reçoivent pas la minette ou l'esparcet sont condamnées à l'unique


production des céréales qui s'y succèdent suivant cette rotation triennale, qu'on pourrait appeler classique si elle ne méritait plus justement le nom de barbare, à savoir: le blé ou méteil, 2e orge ou avoine, 3e jachère.

Et M. Cazalis n'a pas voulu s'enfermer dans ce cercle réprouvé. Sur 215 hectares de terres arables, il a abandonné une vingtaine d'hectares des plus mauvaises. Pour le reste, partout ou il a pu faire passer un premier épierrement, il a ensemencé les champs les moins bons en minette ou en fanasse pour obtenir au plutôt un surcroit de ressources alimentaires. Il se propose par la suite de demander une céréales à ces terrains tous les 5,6 ou 7 ans, en attendant que l'expérience lui ait suggéré une meilleure combinaison. Quand à ses bonnes terres jugées dignes d'un épierrement soigné, il les réserve pour la culture alterne. Cette culture, sur laquelle M. Cazalis nous a exposé plutôt ses projets que des résultats pratiques, est combinée de la manière suivante:

le année , Blé (avec fumure)

2e année , Orge ou avoine, avec graines de sainfoin

3e 4e 5e et quelquefois 6e année sainfoin

6e année, Blé, hersé en mars, avec graine de sainfoin

7e et 8e année , Trèfle, fumé la 2e année

9e année, Blé hersé en mars , avec graine de minette

lOeannée Minette

Nous ne chercherons pas à analyser cet assolement qui débute par deux céréales consécutives comme l'assolement ordinaire du Causse, qui en diffère ensuite surtout par l'intervention du trèfle, encore si peu cultivé et par la moindre place donnée aux céréales de printemps que nous ne voyons figurer qu'à la 2e année d'une rotation décennale. M. Cazalis assure que les avoines et les orges réussissent rarement à Saubert à cause des grandes sécheresses de l'été, que les blés réussissent mieux; voilà pourquoi il place trois blés dans sa rotation. Nous n'insistons point ne croyant pas que ce système ait rien de définitif. Peut-être l'expérience démontrera-t-elle à M. Cazalis que, dans ses bons fonds, sur 6 ou 7 années qu'il donne à la prairie artificielle, il devrait prendre une année au moins pour les légumes et les racines. En y consacrant la 10e, par exemple, et laissant tout à fait la minette pour ses terres médiocres, il aurait l'avantage de ne pas fumer directement son blé la le année. Peut-être reconnaîtra t-il en particulier qu'il ne fait pas assez de cas de la rave, qu'on cultive si peu et si mal.

Quoiqu'il en soit, il suffit, pour approuver M. Cazalis, de constater qu'il est entré dans une voie évidemment meilleure que l'ornière banale ou rampent les agriculteurs du Causse, puisqu'il doit y récolter beaucoup plus de fourrage, et par là se créer des ressources inconnues à ses voisins pour la production des céréales.

Dés à présent cette dernière production se trouve améliorée à Saubert par ce fait seul qu'elle est renfermée dans de plus étroites limites: pratiquée sur un terrain moins étendu, mieux préparé, mieux fumé, elle a déjà donné avec une économie de travail une notable augmentation de produits. Ajoutons que les produits de M. Cazalis nous ont paru remarquablement beaux, comparés aux produits ordinaires du Causse. Nous avons vu dans ses greniers des blés de Ste Hélène, des touselles blanches, qu'il se propose d'envoyer à l'exposition du concours régional et qui ont pu être vendues à MEYRUEIS comme grains de semence. Ajoutons pour expliquer la belle apparence des blés de Saubert que M. Cazalis y a importé l'année dernière un trieur Pernollet, innovation excellente dans tout pays triennal, ou les moissons ont coutume d'être horriblement infectées par les mauvaises graines.

Quoique M. Cazalis n'ait pas assigné une place aux plantes racines dans son assolement, il a cependant voulu les admettre dans sa culture. Dans un sot, assez éloigné de l'habitation, nous avons vu un petit champ de betteraves; mais M. Cazalis a reconnu lui-même que ces plantes n'ont pas reçu les soins indispensables à leur succès. Nous en dirons autant des raves.


2 hectares ont été consacrés aux pommes de terre.

A ces cultures faites, hors de son assolement, M. Cazalis a joint celle des féveroles et du maïs pour fourrage (auquel il a été consacré un hectare lA), cultures nouvelles pour le Causse Méjean. Enfin, au nombre des produits très-peu connus dans ce pays, nous devons citer une belle récolte de trèfle incarnat cultivé sur une étendue de plus d'un hectare.

Pour compléter ce tableau des améliorations réalisées dans les cultures et l'élaboration des produits, il faut observer que M. Cazalis a introduit pour le labour des terres profondes de bonnes charrues à versoir, tirées de Marseille, pour remplacer l'araire qui fend le sol et ne verse pas. Il s'est créé de précieux loisirs pour les travaux de l'automne en faisant l'acquisition d'une machine à battre, du même système que celle précédemment introduite dans le département par la Société. Grasse à cette machine, le battage de la récolte de Saubert qui durait plus de deux mois, qui souvent n'était pas fini au printemps de l'année suivante, a été fait cette année en 18 jours et M. Cazalis a pu mettre sa machine au service de ses voisins qui tous ont été fort satisfaits et ont reconnu l'importance de ce servie.

4E/ Amélioration du troupeau: Les bêtes à laine sont le bétail par excellence, ou pour mieux dire le seul bétail du Causse, ou l'espèce bovine n'est pas élevée, mais seulement importée pour les labours. On compte à Saubert 18 bœufs de travail, qui, suivant la coutume, sont nourris du mois de septembre au mois de mai à l'étable, avec de la paille de froment, de seigle et d'orge plus ou moins mêlé avec du foin et qui le reste de l'année vivent dans les devois et les jachères de choix. Ces animaux sont tous de race Aubrac.

La porcherie, formée d'animaux du pays, croisés avec des verrats tonquins, se compose de 5 porcs à l'engrais, 7 truies portières et d'une trentaine d'élèves.

Le troupeau comprend 1080 têtes, dont 400 brebis, et 9 béliers; les brebis sont de la race du Causse que M. Cazalis, a voulu améliorer par l'importation de 5 béliers du Languedoc, et de 2 béliers du Larzac.

Tout le monde sait que la race du Causse est très petite; elle a le corps arrondi, les membres cours et fins. Elle engraisse facilement; elle est bonne laitière; enfin elle excelle par la qualité de la viande; il est donc sage de ne pas changer de pareils animaux. M. Cazalis a voulu leur donner un peu plus de taille et en même temps un lainage plus fin et c 'est dans ce double but qu'il a eu recours au sang étrange. Nous ne voulons pas examiner si cette recherche simultanée de l'amélioration de laine et de l'augmentation de la taille, et bien conforme aux données de la physiologie; l'expérience instruira bientôt M. Cazalis à cet égard. Au point de vue agricole, la pensée d'avoir des animaux plus grands, se justifie par l'augmentation, déjà réalisée à Saubert, de la masse des aliments du troupeau; mais elle ne saurait-être approuvée de la part des propriétaires qui n'ont pas ces ressources. La plus grande abondance de nourriture a donné à Saubert un autre résultat qui serait bien plus avantageux pour nos cultivateurs que celui d'une petite taille. Il s'agit de l'augmentation sensible de la production du lait et du fromage.

On sait quelles richesses les habitants du Causse du Larzac tirent du lait de leurs brebis à l'aide de caves de Roquefort. Nous ne voulons pas prétendre que nos Causses, à tant d'égards cependant, si semblable au Larzac, puissent jamais s'enrichir aussi. Nous croyons toutefois que si des caves dans le genre de celles de MEYRUEIS étaient construites ou agrandies; si la production du lait, les manipulations du fromage, étaient l'objet des soins intelligents que savent y porter nos voisins du Larzac, la production des fromages façon Roquefort, pourrait être une branche d'industrie prospère pour les Causses de la Lozère. Déjà beaucoup d'entre nous ont pu apprécier un fromage de ce genre qui se prépare dans une cave creusée sur les pentes du Causse de la Canourgue et les renseignements qui nous sont parvenus semblent prouver que cette fabrication n'est pas faite avec toutes les précautions nécessaires et qu'il serait aisé de l'améliorer. On peut en dire autant de la fabrication dont les produits sont déposés aux caves de MEYRUEIS, M. Cazalis est rentré dans une autre voie et l'un des premiers sur le Causse Méjean, il a envoyé son fromage aux caves de Roquefort.


Mais le résultat le plus important à nos yeux, c'est qu'avec l'espèce du Causse, plus petite que celle du Larzac qui donne communément un quintal de fromage par six brebis, tandis qu'il en faut 12 et le plus souvent 20 dans le cas ordinaires, pour la même quantité.

Quant à l'amélioration de la laine, il y a là sans doute un des progrès les plus désirable pour nos troupeaux; mais suffira-il pour y arriver de recourir aux croisements ? Ce progrès est-il compatible avec le parcage habituel sur les terres du Causses ?

5E/ Plantation . Si la surabondance des pierres est le plus grand mal des Causses après la sécheresse, on peut dire que le plus grand besoin de ces plateaux, après l'épierrement, c'est d'être reboisés. L'épierrement peut seul y asseoir l'agriculture; mais une fois le sol rendu plus propre à être cultivé, les récoltes auront encore à souffrir du manque absolu d'abri et d'humidité. Or de tous les moyens au pouvoir de l'homme pour atténuer ces conditions et tempérer les rigueur d'un climat desséchant et aussi sujet aux violence de la chaleur qu'à celles du froid, le plus efficace est la multiplication des arbres et surtout la création de rideaux de forêts. On observe même sous ces rapports, entre les Causses nus et les portions boisés, des différence sensibles qui viennent à l'appui de cette assertion. Quand à la prétendue impossibilité de faire réussir les arbres dans ces plateaux, elle n'est qu'une preuve de l'indifférence des propriétaires. Les bois du Choisal, les bois du Lieurant, sur les points élevés du Causse de Sauveterre, les bois du Bédos, du Mas Saint-Chély etc., au Causse Méjean; enfin l'existence de frênes et d'ormeaux quelque fois très vigoureux, au voisinage des habitations ou le long des routes, en sont la preuve sans réplique. Les obstacles véritable sont dans l'éloignement des esprits de toute plantation; dans le manque d'arbres pour planter; dans les lenteurs inhérentes aux semis et la difficulté de les soustraire à la dévastation.

Saubert est entièrement sans bois; cependant plusieurs arbres notamment quelques noyers qui se maintiennent vigoureux et donnent des fruits, dit-on, à l'abri des bâtiments d'exploitation, ont suggère à M. Cazalis Frédéric la pensée de planter. Il a placé un millier d'arbres entr'autres quelques centaines de noyers, autour des meilleurs champs. Il se propose de continuer ces plantations.

Nous espérons qu 'il ne s'arrêtera pas là et qu'il entreprendra de boiser par des semis, malgré les soins et la patience nécessaires et, il faut le dire, malgré les mécomptes inévitables dans une telle entreprise. Elle est digne de son courage. Il a l'espace; il a le temps et les moyens de réussir plus que personne. Il est servi par un régisseur intelligent, par des domestiques presque tous venus du Causse Noir et qui lui obéissent. Il lui est aisé, dans ces conditions, d'enlever à la dépaissance certaines zones de ses terrains en friche, d'y pratiquer soigneusement des semis de pin sylvestre ou de pin noir d'Autriche; surtout de les faire respecter et d'en écarter la dent du troupeau.

En donnant sur les lieux ce conseil à M. Cazalis, nous nous sommes permis de lui proposer un moyen de faire tourner ses épierrements au profit de ses semis forestiers. Au lieu d'amonceler les pierres au milieu des champs en tas énormes, qui gênent les labours, occupent un bon terrain et sont d'un effet désagréable à la vue, ne pourrait-on pas transporter ces pierres jusqu'aux limites même du terrain réservé à la culture ? Là, on les déposerait suivant des lignes plus ou moins prolongées qui formeraient clôture et comme une muraille grossière. On circonscrirait ainsi des bandes de terrains auxquelles on donnerait des proportions et une direction en rapport avec l'importance des abris qu'il s'agirait de créer. Par ce moyen, le sol forestier étant bien limité et presque clos, la tache des bergers serait beaucoup plus facile. Chaque pièce de terre un peu étendue pourrait avoir ainsi son écran protecteur contre les mauvais vents; les animaux y trouveraient un abri par la suite, et la condition générale des cultures en serait heureusement influencée.

Telles sont les observations auxquelles a donné lieu la visite de Saubert.

En conséquence, il est accordé une prime de cent francs et une médaille d'argent à M. Cazalis, propriétaire à Saubert.

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Christophe Demierre 07/08/2012 19:04


A chaque fois je me régale avec les "brèves" de Christian Combemale, et j'aimerais donc sincèrement le remercier pour ces documents dignes du plus grand intérêt qu'il met à notre connaissance.


Un amoureux de votre magnifique région, Christophe Demierre (Suisse)