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une brève de Christian Combemale : Mr Léonce de Fenouillet visite la ferme de Saubert

17 Juillet 2012, 06:47am

Publié par Fontdayres

 

VISITE DE LA FERME DE

SAUBERT

par M. Léonce de Fenouillet

août    1860

RAPPORT DU JURY NOMME POUR VISITER LES FERMES ADMISES A CONCOURIR POUR LA PRIME DES CULTURES FOURRAGERES DESIGNES PAR LA SOCIETE

D'AGRICULTURE DE LA LOZERE

SAUBERT : M. Cazalis qui consacre d'une manière si remarquable tous ses loisirs à la propagation de la science agricole, acheta, il y a six ans environ, SAUBERT, situé dans la commune de Hures, arrondissement de Florac. Ce domaine était alors dans un délabrement complet dont il est parvenu à avoir raison. Mais quels efforts n'a-t-il pas fallu faire pour cela, ayant tant de ruines à réparer, un sol ingrat à fertiliser, et à lutter contre un climat si rigoureux en hiver et d'une désespérante sécheresse dans la belle saison !....

Sur 700 hectares qui font la contenance de Saubert, il y en a 40 pour les prairies artificielles qui sont bien épierrées, eu égard au pays ou la terre végétale est rare et mêlée à une si grande quantité de pierres.

Nous avons de même reconnu que le plâtre y est convenablement employé. Le sainfoin, qui nous paraît être la plante fourragère la mieux appropriée au Causse Méjean, est aussi celle qui a le mieux réussi à Saubert.

Quant aux prairies naturelles, elles n'ont qu'une étendue de 4 à 5 hectares, dont deux de récente création.

Les fourrages artificiels, bien qu'il y en ait déjà beaucoup, pourraient et devraient être encore augmentés; ils sont la principale ressource de ces localités arides qui, croyons-nous n'aurons une certaine prospérité qu'à la condition de faire un appel sérieux à ce genres de culture. Qu'on n'y cherche point ailleurs l'amélioration du sol et du sort de leurs habitants.

M. Cazalis le comprenait bien, il est aussi très regrettable pour ces contrées, sur lesquelles son exemple aurait eu la plus utile influence, qu'il n'ait pas jugé à propos de mettre la dernière main à son œuvre. Peut-être en a-t-il été en partie dissuadé par l'heureux hasard qui lui a fait trouver, dans la personne de M. Pages, un fermier dont la capacité et le bon vouloir lui garantissent que ces améliorations seront, sinon poursuivies avec, la même suite, mais surveillées au moins, augmentées peut-être,  et, dans aucun cas, non

détériorées, ce qu'on n'est toujours sûr d'obtenir de la part d'un fermier.

Le cheptel se compose de 9 paires de bœufs, 5 chevaux, 6 truies, 1,300 bêtes à laine. Ce sont les brebis surtout qui reçoivent les meilleurs soins, parce que M. Pages a su reconnaître que c'est par elles au moyen du lait, qu'il peut obtenir un bon revenu. Nous ne saurions trop le féliciter d'entrer dans cette voie et de marcher sur les traces des propriétaires de Larzac et des environs de Roquefort, qui s'ingénient à faire le plus de fromages qu'ils peuvent, pour les envoyer dans ces caves célèbres. L'importance d'un domaine s'y mesure sur la quantité de fromage, ou, ce qui est la même chose des fourrages qu'il produit; on ne peut évidemment pas avoir les uns sans les autres.

L'agriculture et l'industrie, en bonnes sœurs qu'elles sont, se prêtent alors, sous l'intelligente impulsion du maître, un mutuel concours pour rendre, chacune de son côté, ce qui doit faire sa principale richesse. Que Pages persévère donc dans ce mode de culture industrielle; il y a trop de bénéfices à recueillir de ses produits si estimés et recherchés dans les deux mondes pour que nous ne l'y encouragions pas.

Pourquoi faut-il qu'à côté des éloges que ce fermier mérite et que nous sommes heureux de lui donner, notre impartialité et notre désir de lui être utile nous contraignent à formuler un blâme non moins bien mérité? On n'a pas des bœufs pour les faire pâtir; il faut au contraire qu'ils soient soignés et bien nourris. Les 18 bœufs que la commission a vus à Saubert, étaient dans un état de maigreur à faire pitié. Espérons que M. Pages, en réfléchissant, verra qu'il y a de son intérêt, toute idée d'amour propre à part, qu'on n'ait plus de semblables reproches à lui faire.

Les arbres réussissent peu dans ce domaine: sur diverses plantations que nous avons visitées, il n'en est qu'un petit nombre qui aient prospéré. Y a-t-il à s'étonner qu'il en soit ainsi, dans un sol ou toute végétation a disparu depuis des siècles et qui par suite est privé de toute fraîcheur ? Nous pensons néanmoins que, mis en bordure autour des champs les frênes et les ormes auraient plus de chance de réussite. Les plantations symétriquement alignées comme celles de Saubert, sont plus exposées à être dérangées dans leurs racines par la charrue et cassées par les nombreuses et

lourdes évolutions des boeufs qui la traînent.

Les bâtiments ont été repassés à neuf; ceux du fermier sont confortables, les greniers sont sains, les étables, les écuries et les granges bonnes, quoiqu'un peu trop éparpillées peut-être.

La fromagerie, dont la fille du fermier, qui est chargée de soigner, nous a très fait les honneurs, est tenue dans un état remarquable d'ordre et de propreté. Cette jeune jeune fille est digne d'éloge pour le bon exemple quelle donne dans un pays ou ces qualités si essentielles sont encore inconnues.

En fait d'instruments aratoires nouveaux, nous avons remarqué des charrues et une batteuse.

L'assolement des terres arables y est pratiqué d'une manière satisfaisantes.

DRIGAS: Drigas, dont les terres sont contiguës à celle de Saubert, est un hameau d'un triste et pauvre aspect; c'est là que se trouve la propriété régie par M. Aguilhon.

Les prairies artificielles, d'une contenance de 12 hectares sont généralement bien soignées.

La commission a vu avec plaisir que ce fermier, qui s'était présenté au précédent concours, a profité des conseils qu'on lui donna. L'ensemble de ses cultures offre un progrès dont elle est d'autant plus disposée à lui tenir compte qu'on ne pourrait pas plus attendre des modiques ressources dont il dispose.

Il est de même de ses étables qui sont mieux tenus, de ses fumiers qu'il traite avec plus de soin. Aussi a-t-il un bétail, 8 bœufs et 500 bêtes à laine qui forment son inventaire, dans le meilleur état, ce qui, quant aux bœufs, du moins, n'est pas sans quelques mérite dans un pays ou, comme on vient de le voir, on n'a pas toujours à en dire autant. Il nous a donc paru que ce fumier méritait de toute manière une récompense à titre de nouvel encouragement.

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christian causse 19/07/2012 21:26


Cette brève est très intéressante. le fermier du nom de Pages est mon aieul, Pierre Pagès : le grand-père de mon arrière grand-père ! 


Après avoir été fermier à Saubert il a acheté la ferme de salvinsac vers 1878 et il y est enterré.


Quant à sa fille dont il est fait mention dans la brève, il est possible qu'elle se soit ensuite mariée avec M. Campredon de Pradines ( a coté de Roquedols) dont les descendants actuels sont la
famille Bouniol ( propriétaires de Pradines)